En effet, il est désormais établi qu’en contexte de violences conjugales, les enfants sont aussi victimes, même lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes la cible directe de la violence. Outre les traumatismes liés aux scènes de violences auxquelles ils sont exposés, ils vivent dans un contexte d’insécurité permanente, ou la violence, toujours latente, peut surgir à tout moment. Ils ont à composer avec la peur, mais aussi avec un mélange d’émotions souvent paradoxales, mêlant la haine et l’amour de leurs parents, la honte, la culpabilité, la colère, la confusion… Les recherches menées auprès de ces enfants ont mis en évidence qu’ils présentent dès le plus jeune âge des besoins de sécurisation intenses, qui se traduisent par 10 à 17 fois plus de troubles du comportement que la moyenne, et que leur développement en est durablement affecté. En cas de séparation, ils se retrouvent au centre de la dynamique des violences conjugales, puisque les contacts maintenus entre les parents autour de la prise en charge des enfants vont souvent être le terrain où la violence va pouvoir continuer de s’exercer.

En parallèle, nous observons dans notre travail au quotidien avec des femmes victimes de violences, les conséquences de cette violence sur leur parentalité. En effet, elles ont souvent été violemment dénigrées dans leur rôle de mère, voire empêchées d’affirmer des
choix éducatifs concernant leurs enfants. Elles vivent elles-mêmes avec un fort sentiment d’insécurité, et doivent mobiliser une grande partie de leurs ressources pour faire face à la situation de violence et gérer éventuellement les conséquences matérielles d’une séparation. Elles peuvent ainsi se retrouver en difficulté pour prendre une position parentale suffisamment sécurisante et structurante pour leurs enfants, tout en faisant preuve de créativité pour élaborer des réponses adaptées à leurs besoins spécifiques.

Le soutien à la parentalité s’est donc développé, dans les années 2000, comme un axe de travail spécifique auprès des femmes victimes de violences conjugales. Ce domaine, encore très peu exploré par les chercheurs français, se situe au croisement de plusieurs problématiques qui bousculent régulièrement le cadre de cette intervention : comment soutenir la mère dans sa fonction parentale sans reproduire une relation où elle se sente incompétente ? Comment différencier les registres parentaux et conjugaux, afin de limiter l’impact de la violence sur les pratiques éducatives des parents ? Comment veiller à l’intérêt de l’enfant, tout en étant soutenant à l’égard de mères parfois en grande détresse ? Comment resituer chacun dans sa place d’adulte ou d’enfant, sans pour autant faire intrusion dans l’intimité familiale en reconstruction ? Quel cadre proposer pour maintenir des liens entre un enfant et son père auteur de violence ?