Nous constatons par ailleurs que les pères, bien que l’on parle beaucoup d’eux, sont souvent les grands absents des dispositifs positionnés autour de ces familles. Dans la majorité des situations auxquelles nous sommes confrontés, nous observons que les enfants conservent des contacts réguliers avec leur père, médiatisés ou non par des professionnels. Les travaux de Karen SADLIER ont mis en évidence des modèles de parentalité inadaptés chez une part importante des hommes auteurs de violences, mais très peu de dispositifs existent pour soutenir une évolution dans leurs attitudes parentales et favoriser un questionnement sur leur place en tant que père, notamment après une séparation. Plus largement, nous constatons que l’exercice de la coparentalité selon des modalités classiques s’avère souvent impossible à mettre en pratique en situation de violence conjugale, la dynamique du couple restant figée sur un modèle asymétrique, où les conflits ne trouvent pas d’autre mode de résolution que la violence.

Différents professionnels gravitent autour de ces familles : éducateurs d’AEMO, professionnels de l’ASE, TISF, professionnels de PMI, Enseignants, Psychologues, Avocats, Juges aux affaires familiales ou Juge des enfants, associations de soutien aux femmes victimes de violences…. Chacun développe un regard et une analyse spécifique sur ces situations, qui mobilisent beaucoup chacun des intervenants, interpellés régulièrement dans des contextes d’urgence, avec une forte charge émotionnelle. Cependant, peu d’espaces existent pour permettre à ces différents professionnels d’échanger et de penser une articulation cohérente entre les différentes interventions.

Nous souhaitons organiser deux journées d’étude sur le thème « Parentalité et violences conjugales » afin d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexions sur ces questions complexes, et de définir des perspectives d’accompagnement prenant en compte la spécificité
de l’impact de la violence sur la parentalité, en lien avec le cadre juridique en vigueur. Nous espérons favoriser ainsi les regards croisés entre les professionnels de différents secteurs, qu’ils interviennent auprès des enfants, de leurs mères, de leurs pères, ou de la famille dans son ensemble, en vue de développer des logiques de partenariats cohérentes pour un meilleur accompagnement des familles.